Le Cantou est un terme usité... On le retrouve dans de nombreuses parties du sud-ouest, et on remarque que beaucoup d'établissements (hôtels, restaurants, maisons d'hôtes, maisons de retraites) ont pris cette appellation.
Qu'est donc le Cantou, à l'origine ?
Si mes sources sont bonnes, il apparaîtrait que
" LE CANTOU est la pièce la plus importante de la maison : elle sert de cuisine, de salle à manger et de chambre. C'est le lieu de rencontre, là où tout le monde se réunit, se retrouve.
Le coeur en est le cantou : source de chaleur.
La pièce commune est sombre, éclairée par une seule fenêtre : c'est le souvenir du temps où l'on payait un impôt sur les ouvertures.
La fumée a noirci les murs et le plafond.
Les poutres apparentes sont encombrées de saucissons, de quartiers de lard jauni, mis à part l'échancrure quotidienne qui a servi à cuisiner le choux du jardin ou l'omelette.
Sur une longue barre de bois sèchent les saucisses. La vessie du dernier cochon sacrifié, qui fera une excellente blague à tabac, pend à une pointe. Entre deux solives, d'énormes tourtes de pain bis enfilées selon leur centre, sur une tige de coudrier, à l'abri des rats.
Le cantou est une pièce dans la pièce. C'est le foyer au double sens du terme : le feu de l'âtre et le coeur de la famille. C'est un lieu d'activités importantes et un centre de convergence de la vie de l'oustau.
Durant l'hiver, la velhada (veillée) ranime la maison désertée pendant les travaux d'été. Elle a pour décor la salle commune mais la cérémonie intime déroule ses rites dans le cantou.
La veillée est, avant tout, une réunion d'amis. Ils arrivent, après avoir affronté le froid, la pluie, la neige ; ils viennent passer un moment au cantou pour se carrar (se sentir à l'aise) et batalhar (deviser, conter).On parle de tout et de rien, des menus faits quotidiens, des choses d'autrefois et d'hier, des cours de la dernière foire, des brouilles et chicanes villageoises pour l'eau du ruisseau. Et des sornettes, et des galéjades à n'en plus finir de rire !
Tous les sujets sont abordés malgré la présence des enfants : le dialecte d'oc offre tant de nuances que, même dans un sujet scabreux, on ne peut être ni grossier ni obscène.
La conversation n'empêche pas les activités manuelles. Les femmes filent à la quenouille, tricotent des chaussettes, confectionnent d'épais tricots. Les hommes tressent des paniers en noisetier, des corbeilles qui contiendront les draps de la lessive, .. ou les entrailles fumantes du porc.
Certains cassent des noix, pèlent des châtaignes, ou torsadent la paille de seigle pour bâtir un palhassou (corbeille pour le pain) ou une ruche.
Après le travail on joue aux cartes.Le temps passe, nul ne s'en est aperçu, minuit surprend les visiteurs. Il est temps de reprendre des forces. En un instant, la table est dressée. Pain bis et fromage surgissent du tiroir, jambon et saucisson sont décrochés de la poutre, les châtaignes grillées terminent ce repas simple arrosé au gros vin rouge. La compagnie est en liesse. Il suffit que l'on fredonne un air pour que la bourrée éclate.
Avant de regagner sa maison, chacun lampe une petite goutte, cela donne du courage pour s'enfoncer dans la nuit et lutter contre les éléments. Ainsi, un soir chez l'un, un soir chez l'autre, la veillée meuble agréablement les longues nuits d'hiver.